5 août 1915 - le front - Ma chère Blandinou...

Puisque lorsque de deux jours tu n’as pas de mes nouvelles, ça te met tant un souci. Ce soir, je m’empresse de te donner deux mots de manière à ce que vous soyez tous tranquilles. Je pense que vous êtes toujours tous en très bonne santé et que Maria est vite guérie. Vous devez aussi avoir fini de charrier les gerbes.
Pour moi, ça va toujours à merveille. Dur comme un lapin, on se tient comme des chiens, il faudrait nous voir la vie que nous faisons. Tu peux croire que je ne me fais pas de bile, va bien loin de là.
Ce matin, nous sommes allés un peu à l’exercice, puis l’après-midi je me suis amusé à jouer aux cartes. C’est tout ce que nous avons fait. Tu vois si des jours on mange du pain à bon marché.
Hier soir, en venant du Salut je suis allé ainsi que Tison voir marcher la moissonneuse-lieuse. J’ai trouvé que ça faisait de jolies gerbes et ça les lie pas mal. J’ai trouvé que ça fait du bon travail surtout par ici qu’il y a du joli terrain sans pierre ni rien du tout. C’est le grand coup de la moisson mais les hommes ne sont pas nombreux. Malgré les machines, il y en a encore qui la coupe avec la faux. Comme chez nous, il y a certains régiments qui laissent les soldats aller aider les gens à ramasser leur récolte, mais à nous ils préfèrent nous faire faire les cons toute la journée.
Le temps me dure à savoir ce que l’oncle peut bien faire au travail pour moi. Donne lui bien le bonjour de ma part ainsi qu’à Rémy et à toute sa famille.

Tous les parents et voisins et pour vous les plus tendres souvenirs, amitiés, caresses et remerciements de votre petit chasseur qui prie pour vous mais ne s’en fait pas. Vareille Henri.

PS : A l’instant même, je vois de nouveau une lettre magnifique du cousin Adrien. Il est en bonne santé ainsi que la cousine qui est à la campagne dans le Dauphiné.