Avant de quitter les tranchées, je viens m’entretenir encore un peu avec toi. Comme je te l’ai déjà dit, nous partons ce soir au repos pour 23 ou 24 jours, alors tu sais on en va pas s’en faire pendant ce temps.
Je pense que ma petite lettre va vous trouver tous plein de santé et de courage. J’espère aussi que le papa aura fait un bon petit voyage. Il ne sera pas fatigué, quoique d’ici à ce que ma lettre te parvienne, ce sera déjà vieux. Pendant que lui était à la Louvise, moi j’étais en première ligne à 30 m des boches. Je ne me doutais pas de ça, tu peux croire.
Dieu merci, ça va toujours à merveille et tu sais je ne m’en fais jamais bien loin de toi, je vois que tout de même tous on fait leurs petits travaux comme ils ont pu. Le battage doit commencer à s’avancer.
Nous depuis que nous sommes en réserve, chaque nuit, nous avons travaillé à faire une tranchée. On y travaille jusqu’à minuit, puis de toute la journée, on ne faisait rien. Aussi je m’en suis payé de dormir. Ce matin, je me suis levé à 9h et hier à 10h. Tu peux croire que je peine bien moins que vous et encore j’ai toujours peur de trop en faire. Enfin on ne s’en fait pas. Aujourd’hui, j’écris aussi aux parents du pauvre Phylémon dont je comprends très bien le chagrin qu’ils en ont.
Le bonjour à l’oncle et Rémy ainsi que tous les parents et voisins.
PS : Recevez de votre petit gars, les plus tendres souvenirs et sincères amitiés.
PS2 : j’y joins la carte car elle est bien jolie.
PS3 : et toi bien petite sœur, embrasse bien le papa et la maman pour moi. Tâche de bien les faire soigner pendant mon absence.