15 août 1915 - Ma chère Blandinou...

Je m’empresse de faire réponse à ta lettre datée du 12, m’annonçant vos nouvelles toujours assez bonnes. Mais quelle bêtise fait le papa de s’amuser à battre à la main, il doit chercher à s’esquinter, surtout avec le temps qu’il fait et les hommes être aussi XX. Aurait-il bien fallu qu’ils attendent encore 5 jours. Combien aurait-il gagné de temps et peines. Ca tu peux lui dire que ça ne me fait pas plaisir du tout. Allez battre comme ça… puis la machine doit bien venir avec Vergier. Par conséquent de là, elle serait sûrement allée à la maison.
Pour moi, ça va toujours à merveille et tu sais je ne m’en fais jamais une minute. Aujourd’hui, fête du 15 août, je suis allé communier ce matin à la messe de 7h et l’après-midi suis allé à Vêpres.
Tu m’étonnes salement en m’annonçant la mort du pauvre Phylémon Gayte. Je lui ai écris il n’y a pas longtemps. A-t-il été tué ou de maladie ? Combien ces parents doivent être ennuyés. Enfin à la volonté de Dieu.
Je te remercie beaucoup des 5 fr qui sont arrivés à très bon port, tu peux continuer.
Il faut bien que je te dise aussi que je viens de recevoir mon colis contenant une paire de chaussettes avec un peloton de coton et une aiguille, une tablette de chocolat, une boîte de sardines et ma chemise. Je vais être noir comme un crapaud là-dedans mais c’est bien ce qu’il faut, ça ne craindra pas le sale. Mais quand j’ai dû la sortir du paquet, tout était cousu ensemble, alors j’ai attrapé mon couteau. Les fils n’ont pas fait long feu à sauter. Et puis du papier à lettres mais j’aurais préféré un fromage que des sardines car souvent nous en mangeons aux tranchées. Quant à ce Vallon dont tu me parles, ce n’est pas des mêmes, car son frère n’a que 16 ans. Tu peux croire que je suis resté xx quand j’ai vu sur ta lettre la mort du pauvre Phylémon, c’est-il bien vrai ?
Dis bien au papa qu’il a mal fait de battre ainsi, je suis colère contre lui en ce moment pour ça. Je crois qu’il y en a assez qui se font crever la peau sur le front, sans vous là-bas aller chercher le mal quand vous pourriez très bien vous en éviter, mais il aurait bien fallu attendre un mois pour la machine du moment que les gerbes étaient à l’air, elles ne risquent rien. Dire qu’ici, on voit encore des gerbiers de l’année dernière dans les champs. Je ne peux pas en revenir de cette bêtise. Aller battre ainsi c’est pourtant malheureux, ça moi qui suis ici depuis 20 jours, je n’ai rien foutu et vous tout pétrin pendant ce temps.
Enfin, assez pour aujourd’hui malgré que je vous engueule, vous ne serez pas trop en colère contre moi, du reste, vous le méritez. Si moi j’y avait été, tu verrais que la machine serait venue.

PS : le bonjour à l’oncle, Maria et Riri. Je viens de recevoir une lettre de Rémy. Il est aussi en bonne santé. Enfin, je vous embrasse tous bien tendrement. Rémy.

PS2 : je joins une carte d’Elisabeth. Tu vois je suis comme ça, seulement j’ai un képi.