14 août 1915 - le front - Ma chère petite sœur...

A ton aimable lettre reçue hier soir avec grand plaisir, je fais réponse. Je vois que vous êtes toujours en parfaite santé et puis je constate aussi que tu sais toujours bien te vanter. C’est pour cela que personne ne te vante pas car tu en dis assez et alors tu ne toucherais pas par terre, mais quand même je vais te vanter un peu puisque t’en as tant envie.
Je vois très bien que tu fais un bon Jacquou et finit des tâches avec tes poules, tu devais les faire xx ses mains pour vous mettre d’accord. Il me semble vous voir et vous entendre et finalement tu l’as donné cette belle demoiselle.
Et bien moi, ça va toujours à merveille et ne m’en fais jamais. Ce matin, je me suis levé à 7h30 et tout l’après-midi nous avons joué aux cartes et ce soir nous faisons un petit gueuleton. Ca ne nous fera toujours pas de mal car nous ne sommes pas trop bien nourris. Notre vieux capitaine est parti aujourd’hui en permission pour 15 jours. Pendant ce temps, nous serons tranquilles, mais moi j’attends que la guerre soit finie alors je l’aurais plus longue. A présent, nous pouvons de nouveau cacheter les lettres alors on peut babiller plus à son aise.
En même temps que la tienne, j’ai reçu une lettre de Maria. Enfin plus rien pour aujourd’hui. Je vois aussi que vous avez du regain partout.

Le bonjour à l’oncle Rémy et tous les voisins et pour vous tous les plus douces caresses de votre petit Henri.