18 juillet 1915 - le front - Ma chère petite sœur...

Aujourd’hui dimanche, à l’instant même, je reçois une lettre de toi avec un beau petit billet de 5 fr dedans. Tu peux croire que tout ça me fait plaisir, surtout en m’apprenant vos bonnes nouvelles, quoique tu m’annonces ton petit bobo à ta gambette. Tu seras vite guérie. Je vois aussi par là que tu ne me dis pas trop la vérité. Vous seriez prêts à crever vous ne me le diriez pas, ça je le comprends. Non ça fait rien, je ne m’en fous pas quand même.
Je croyais aller à la messe le matin, je me suis levé à 7h, j’ai pensé aller à la messe de 10h, puis à 10h il y a eu un rassemblement pour le rapport, alors je n’ai pas pu y aller. A 15h, il y avait les Vêpres. Justement il nous a fallu passer une revue du commandant alors encore je n’ai pas pu y aller. Enfin ce n’est pas de ma faute.
Alors vous aviez déjà fini de moissonner. Vous n’êtes pas en retard, ça me fait plaisir. Sur une lettre, tu me dis que les pommes de terre ne sont pas jolies et bien ici elles sont très jolies. On commence à moissonner le seigle et il ne fait pas chaud.
Plus rien pour aujourd’hui, je termine car je vais faire une partie de cartes.
Il ne me reste qu’à bien vous remercier et envoyez en, ça arrive très bien. Je vous embrasse tous bien tendrement. Riri.