14 juin 1915 le front - Ma chère Blandinou...

Je réponds vite à la lettre qu’a reçu avec plaisir et en même temps te remercier de l’étrenne du cochon, car des fois tu pourrais m’en envoyer encore, surtout que sur ma lettre, tu me disais que mon coq comme les autres avait augmenté ta bourse. Alors je vois que tu m’envoies ce qui me revient car le mien devait bien 5 francs, alors comme ça je n’aurai rien à te réclamer, et puis puisque tu en as encore, mi-couvée, je pense bien que j’y aurai quelqu’un de mien aussi. Je te remercie du fond de mon petit cœur quand même car je vois que tu penses à ton petit frère. Mais moi aussi je pense à toi et à vous tous.
Je vous vois ici dans vos travaux, ça m’étonne que tu aies resté si longtemps sans recevoir de lettre. Je n’ai pourtant pas resté si longtemps sans t’écrire. Dans tous les cas, ma santé est toujours excellente puis je me fous du reste. Pourvu que vous en soyez de même.
Nos boches sont toujours assez sages. Quand même, hier à 11h, au moment où nous mangions la soupe, ils nous ont envoyé 2 ou 3 marmites qui nous ont foutu de la terre dans notre quart de vin que nous n’avions pas encore fini de boire. Heureusement que nous avions fini de manger, sans cela ils nous l’auraient xx.
Pour Touron, je ne sais pas bien où il est, je crois où nous étions cantonnés avant de venir aux tranchées, du moins je ne sais pas si il est toujours, lui n’a pas encore été dans les tranchées pour battre. Il n’y a été que la nuit pour en faire d’autres. Je ne sais pas te donner grand renseignement sur lui.
Demain soir, c’est-à-dire mardi, nous allons au repos alors je pense que je trouverai pour manger tes 100 sous, merci beaucoup. Sur une lettre, je t’en réclamais mais tu n’as pas attendu pour y penser.

PS : embrasse bien le papa et la maman pour toi et toujours à Rémy et à ses parents. Pour toi, mille caresses. Riri.