30 mars 1915 - Corté - Ma chère Blandinou…

Deux mots pour te donner de mes nouvelles et en apprendre des tiennes, dont je pense que vous êtes tous en bonne santé. Pour moi, je me porte toujours à merveille et je trouve qu’il vaut bien mieux être ici qu’à l’hôpital. On a au moins pour manger à réflexion et puis on se fait beaucoup de bon sang. Quoique je suis moins tranquille qu’à l’hôpital, car cette vache d’Adjudant trouve toujours quelque chose pour nous emmerder.
Cet après-midi, il nous a envoyé avec un Sergent chercher un fait de bruyère pour faire des ballots. On était très bien car il faisait bien bon. J’ai vu des cerisiers fleuris, des poiriers, des pruniers, des pois cassés, de la luzerne qui avait au moins 25 à 30 cm de haut. Il est vrai qu’elle était bien placée, mais aussi elle est jolie. Le pays commence à prendre bonne façon, même les châtaigniers commencent bien à partir.
Je n’ai plus que demain à rester sans rien faire, jeudi je reprends l’as de carreau, cette carte sur le dos. Hier je m’en suis fait donner un neuf car le mien n’était pas très bon. Hier, on a aussi habillé de la nouvelle tenue ceux qui doivent partir et presque tous foutent le camp. Je crois que je vais rester seul, on ne sait pas encore pas au juste quand est-ce qu’ils partiront. Et Albert qui s’était fait habillé ne part non plus. Hier on l’a fait aller au peloton, et ordre du commandant, alors cette fois-ci c’est sérieux.
Pour moi, je pense que je vais rester ici encore quelques jours puisqu’on ne m’a pas mobilisé pour ce convoi, alors vous pouvez être tranquilles. Ceux de 18 ans, je crois qu’ils ne vont pas tarder à partir et la classe 1917, quand passe-t-elle le Conseil de Révision ?
Alors je ne vois plus guère autre chose à te dire pour aujourd’hui, le bonjour à Rémy et à Jules qui doivent toujours bien vous amuser. Embrasse bien le papa et la maman pour moi ainsi que Maria et Riri qui doit maintenant bien vous amuser et pour toi les meilleures caresses de ton petit soldat qui pense à vous mais qui ne s’en fait pas. Depuis le 6 mars, j’en ai passé des bons jours. Au revoir à tous. Henri.