25 déc. 1914 (lettre arrivée le 3 janv. 1915) – Corté - Bien chers parents…

Aujourd’hui j’ai embarqué mon paquet, ma veste, mon gilet, mon pantalon, souliers et casquettes, le foulard je l’ai gardé car encore je n’ai pas touché de cravate, alors il me sert, car ce matin, le temps n’était pas chaud. Ça avait gelé un bon peu pour la première nuit. A 8h on nous a envoyé laver dans la rivière mais l’eau n’était pas chaude. IL y avait là à côté un troupeau de cochons dans une cabane en bois. Entre chaque planche, on y aurait passé 2 doigts. Ils ne sont pas si délicats que chez nous. On en voit par là des troupeaux de 50 petits cochons qui mangent par là dans les bois ou le long de la route. On voit aussi beaucoup de troupeaux de brebis.
Aujourd’hui aussi je suis allé aux Vêpres mais tout seul. Autrement il n’y a pas moyen d’aller à la messe car le quartier est consigné jusqu’à 10 h On a mangé la soupe à 11h.
Mais je crois qu’on ne nous laissera pas bien longtemps ici, on nous conduira à Bastia mais c’est toujours le même pays sauvage. On mange toujours ce qu’on veut tous les repas, on a eu une soupe de macaroni et puis de la viande, alors vous voyez on peut de moins faire que d’engraisser. Le matin j’ai toujours du pain alors j’en trempe dans mon jus ou je le mange avec un bout de chocolat. Mardi dans 10 jours, aujourd’hui vous irez voir mon paquet. Il sera à la gare. J’y ais mis 12 cigares, 9 paquets de cigarettes dont 2 sous, pour vous et les autres, pour Chodoreille. C’est à Albert. Le sous est dans mes souliers.
A bientôt de vos nouvelles, votre pioupiou qui pense à vous. Vareille H.