Aujourd’hui jeudi, j’ai reçu une autre lettre de ta part qui m’a fait un très grand plaisir en m’apprenant que vous êtes en assez bonne santé. Moi je me porte toujours à merveille et puis tu sais véritablement que nous passons de très belles journées. Si quelques petites moments, on nous fait un peu plus turbiner, on a largement le temps de se reprendre. Après on fait de bonne pose. Hier pour marcher, on transpirait tellement il faisait chaud. Les nuits sont froides mais dans la journée, il fait aussi chaud qu’au mois de juin. Alors on voit qu’on n’endure pas froid.
Le papa a alors bien souffert de ses dents. Est-il guéri au moins ?
Aujourd’hui, sommes allés au tir à 250 m et demain nous y allons encore, à 800 m. Je crois qu’on va aussi nous revacciner pour la typhoïde. Demain, nous serons bien aussi. Pour moi, la vie militaire est une très bonne vie. Les trois quarts du temps, on ne fait rien. Aujourd’hui, j’ai vu une tablette de pois qui avait 15 centimètres de haut. Ils étaient ramés. On commence à en voir qui bêchent quelques petits carrés. Ils ont des bêches que le manche a au moins presque 2 m de long et avec ça, ils n’ont pas besoin de se baisser.
Tu me dis que maintenant on fait défiler les réformés, mais il y en a que ça leur fera tant du bien de faire un peu du service, ça les apprendra à se démerder.
Aujourd’hui, j’ai reçu 5 lettres : une de Maria, de Ferdinand, de Rémy, de Carle. Alors tu vois si j’en ai des correspondances. En 2 jours : 14 lettres ou cartes.
Pour quant à Albert, tu sais il ne gaspille pas son argent tout à fait pour des saloperies, temps en temps, il va souper en ville ou bois des litres ou il pourrait très bien s’en passer mais enfin c’est son affaire. Lui fait pour lui et moi pour moi. Cela n’empêche pas d’être d’accord.
Maintenant il dit qu’il veut partir volontaire sur le front pour sortir d’ici, mais je le vois déjà la mine qu’il y fera là-haut. Il y a des moments où il parle comme un guerrier. Le médaillon qu’on nous a donné naturellement nous le porterons sur le front, encore nous ne savons pas quand est-ce que ça sera. Dans tous les cas, ça ne presse pas, ici on n’est pas mal.
Cette fois-ci, ta lettre pour venir de Lamastre ici n’a mis que 3 jours. Le cachet est daté du 15 et elle est arrivée le 18. Mes photos, je ne sais encore pas quand est-ce que je les aurais. Dans tous les cas, aussitôt je vous en enverrais.
Je crois que je n’ai plus guère autre à te dire pour cette fois. Le bonjour à Rémy et au voisin. Embrasse bien le papa et la maman pour moi et pour toi, les meilleurs souvenirs et amitiés de ton petit soldat qui pense à vous tous et ne s’en fait pas un brin. Vareille Henri.
PS : Carle me dit qu’il allait sur le front au commencement du mois de mars, il a laissé passer un peu le froid.