16 fév. 1915 (lettre arrivée le 21 fév.) – Corté - Ma chère Blandinou…

Aujourd’hui j’ai pourtant reçu deux de tes lettres : une datée du 7 et l’autre du 11 février. J’ai été heureux de vous apprendre tous en bonne santé. Pour moi, je me porte toujours à merveille et tu sais ne me fais pas de la bile malgré qu’il y aura 7 jours jeudi et aujourd’hui c’est mardi et depuis jeudi dernier je n’avais rien su de vous, mais pas de nouvelle, bonne nouvelle, voilà ce que je dis.
Alors cette fois-ci, vous voyez ma binette, maintenant je me suis fait prendre avec Albert, baïonnette au canon et puis seul mais je ne sais le jour que je pourrais vous l’envoyer car notre photographe n’a pas de carte pour nous rapocher et ici à Corté, on n’en trouve pas beaucoup. Enfin je vous l’enverrais sitôt que je pourrais.
Aujourd’hui, j’ai reçu 8 lettres, une de Rémy Goudard, une de Maria, une de l’oncle Buffat qui me dit que l’oncle Henri est parti du côté de Paris, une de Jules Chambon et une de l’autre Laurent qui est à Grasse. Alors tu vois si j’en avais. Pour la tante du Vergier, Albert lui en a envoyé une des mêmes alors moi je ne leur en ai pas envoyés.
Hier lundi, nous avons passé une très bonne journée et aujourd’hui aussi. L’après-midi, sommes allés au tir à 700 m, seulement lorsque nous y sommes arrivés, il n’y a plus eu de cartouche, alors nous sommes revenus comme ça, puis du reste, nous avions la pluie.
Demain nous avons marche alors on passera aussi une très belle journée.
Pour ceux qui sont sur la photo, nous sommes cinq Ardéchois. A côté de moi, il y a un Vallon de Saint-Félicien. Les autres sont de l’Hérault et sont bien gentils. Celui que tu dis qui a l’air vieux, c’est un Marseillais, il a 21 ans.
Hier, nous avons soupé sur le terrain de manœuvre et de 10h à 11h du soir, nous étions de patrouille. Un sergent nous conduisait, nous étions 7, il a été nous payer le café à tous, alors tu vois si il a été gentil, c’était aussi un Corse. Je ne puis pas te dire ce que nous allons rester à Bastia. On ne sait pas encore quand nous partirons mais je crois que nous ne resterons pas bien, et puis tu sais, je serais content d’aller ailleurs, car maintenant je connais la ville et le payé de Corté. Sitôt que je le saurais, je vous l’enverrais. Albert vous envoie le bonjour à tous.
Vous avez alors trouvé un petit vacher, c’est très bien. Ici le temps n’est pas froid du tout, les amandiers commencent bien à fleurir.
Plus grand-chose pour cette fois. Je suis assez bien habillé, mes chaussettes n’ont même pas envie de se déchirer, elles seront solides. J’ai deux chemises, si j’en voulais davantage, je n’aurais qu’à aller au magasin, deux caleçons et deux serviettes, 4 mouchoirs et ma trousse. Je crois que c’est tout.
Embrasse bien le papa et la maman pour moi. Au moins, ne tirez pas peine. Votre pioupiou qui vous embrasse tous. V.H.