Je réponds à ta lettre que j’ai reçue hier soir avec tant de plaisir en apprenant que vous êtes en bonne santé. Et bien : pour moi je puis t’en dire autant. Je me porte toujours à merveilles. Mes oreillons sont guéris à présent. Je ne sens plus rien du tout, suis presque plus enflé alors tu vois que ça ne m’a pas duré longtemps.
Hier il en est arrivé 7 de ma compagnie. Tu vois que je ne suis pas le seul. Ca doit être une épidémie qui passe. On ne sait pas où les mettre. L’hôpital est plein et aujourd’hui il doit encore en arriver une tapée.
Quand ta lettre est arrivée, j’étais couché mais je l’ai vite ouverte pour voir ce que tu me racontais, car j’aime tant en recevoir de ta part, surtout maintenant j’ai bien le temps de les lire tu sais et aussi de te répondre. Je n’ai que ça à faire.
Je vois que tu m’as trouvé à ton aise sur les deux photos que je t’ai envoyées, tu dois en avoir reçu une autre où tu me verras mieux à ton aise, quoique je suis un peu sérieux aussi, mais enfin je suis bien connaissable.
Ici à l’hôpital, nous serions très bien nourris, seulement il y en a pas tout à fait assez, car tu sais j’ai un appétit malgré que je ne foute rien. Je mange bien quand même, puis ça me profite, j’engraisse, je m’aperçois très bien je crois que j’ai des montés aussi gros que les tiens à présent.
Alors vous n’avez pas vendu la Gallarde, la voulez-vous garder à présent ? Si vous allez la remener un autre mandé. Quant à la Fougasse, elle pèsera un bon poids. Seulement vous ne l’aurez plus. Pourvu que son petit veau se fasse bien, la remplacera mais ça demande du temps. Le taureau de Groûle vous allez en faire une paire avec le rouge peut-être.
Vous avez semé l’avoine. Ici dimanche matin, j’en ai vu un qui faisait des pommes de terre, là dans un petit coin de jardin. Il mettait sa patate dans la rét et puis une poignée de fumier et la couvrait.
Alors tu me dis que tu as Jules de nouveau, il ramassera quelques feuilles si il fait bon et vous tient toujours compagnie.
Aujourd’hui ici il fait un beau temps superbe de nouveau, heureusement le froid n’a pas durcit. Hier, j’ai reçu aussi une lettre de la Tante Blandine qui me dit que maintenant Léon est moins ennuyé, mais il n’a pas besoin d’être ennuyé, car le métier n’est pas mauvais. C’est juste en quittant la maison que ça fait un peu de peine. Une fois parti, on est tous ensemble et on s’en fout pas mal. On ne se fait jamais plus de mauvais sang. Toujours on est gai et content. Ne vous faites pas de mauvais sang, car moi tu sais lorsque je m’en ferais, je crois qu’il y en aura bien d’autres.
Embrasse bien le papa et la maman, Maria et Riri pour moi. Le bonjour à Rémy et Jules, son couteau tire-t-il toujours du vinaigre temps en temps ? je crois que non. Je dois lui faire faute à présent. Les meilleures caresses de ton petit pioupiou qui vous embrasse tous. Vareille Henri.