Je m’empresse de répondre à votre lettre qui m’a fait grand plaisir, surtout que vous soyez en bonne santé, mais j’en savais souvent par Marie. Pour moi, je suis toujours en bonne santé, Dieu merci, mais ici on n’en a pas besoin car on est vivement soigné. Pour vous dire, c’est bien malheureux car on voit un peu tout, mais que voulez-vous, on le fait pour l’amour de Dieu, car nous en avons besoin plus que jamais. Priez un peu pour moi car nous n’avons pas toujours bien le temps, et que sans la grâce de Dieu, nous ne pouvons rien. Il faut espérer qu’il exaucera nos prières. Pour le moment, nous faisons des tranchées toujours les jours sans jamais avoir un peu de repos tranquilles. Et des moments, il y en a des obus qui tombent pas loin, enfin voilà quinze jours que nous sommes ici, il n’y a pas eu de blessés, je ne comprends même pas moi, je suis cantonnier et pompier, mais à présent on n’avait pas suffisamment d’hommes. Nous sommes obligés d’y aller trois jours par semaine. J’y étais ce matin, voilà 8 jours que je n’y avais pas été. Pour la nourriture, il n’y a rien de rare et souvent on ne trouve même rien pour acheter tout en le payant un prix exagéré. Enfin, quand finira cette maudite guerre. On s’en rappellera ceux qui auront le bonheur de voir la fin. Je vous en prie, ne le dites pas à Marie, car elle s’en fait assez sans bien le savoir.
Je termine car je n’ai plus de place. Vous ferez bien des compliments à tous. Vous direz à Marie que je suis toujours en bonne santé. Elle en reçoit souvent, voici mon adresse. H. J. au 119ème territoriale, 1er Bataillon, 4ème Compagnie, secteur postal 115.PS : Vareille Henri qui pense souvent au pays et qui vous embrasse tous bien fort.