9 Jan 1915 - Corté - Ma chère Blandine...

Aujourd’hui, j’ai reçu 4 lettres dont une de ta part, une de Maria, une de Rémy et une de la cousine Fanchette de Lyon, alors tu penses combien j’étais content d’avoir tant de nouvelles. Tu me dis que la maman ne va pas mieux, mais j’espère bien que le médecin la guérira bien vite. Pour moi, je me porte toujours très bien et j’ai un appétit d’enfer. Tu sais, ce n’est pas la peine de m’envoyer du chocolat car j’en trouve ici. Je le paye 8 sous la tablette et tu sais bien me restaurer et me soigner du reste, c’est mes affaires. Du tabac, nous n’en touchons pas. Il y a 4 sous les 50 gr, à 7 et à 9 sous les 50 gr toujours, par conséquent il n’est pas trop cher, alors touchant 10 sous tous les 10 jours, par conséquent nous ne risquons rien. La soupe et la ratha ce n’est pas mauvais et au moment des repas, il y en a assez. Seulement les repas sont un peu long, alors entre les repas il faut un peu de chocolat pour accompagner le pain. Et puis, les journées, on ne sont pas trop forcées. Nous n’allons pas à l’exercice avant 10h et nous rentrons à 15h30, alors tu vois les journées ne sont pas longues.
Aujourd’hui, nous avons eu la pluie toute la journée et nous avons fait l’exercice dans les chambres, alors tu penses qu’on était bien et au sec. Ne te fait pas de mauvais sang pour tout ce que nous faisons, ce n’est que des amusements. On nous apprend à mettre le fusil en joue droit, à yeux et couchés, alors tu vois pour le moment nous sommes très bien. Je pense qu’un de ces jours je recevrai une lettre de ta part qui m’expliquera ce qu’a dit le docteur à la maman.
Aujourd’hui ce Vérilhac de Châteauneuf a passé au Conseil de réforme et a été réformé temporairement, c’est-à-dire pour quelques temps. Je crois qu’il part d’ici mardi 12/01, alors il ira vous voir. Je ne sais pas où est Courasse. Je l’ai perdu à Marseille. J’en sais plus rien sur le mardi, il faudrait demander son adresse pour savoir où il est et Courons n’est pas dans la même caserne. Je l’ai trouvé un dimanche, il n’est pas loin mais on ne se voit pas souvent. Je ne vois plus grand-chose pour aujourd’hui. Surtout ne vous faites pas de mauvais sang car vous pouvez être bien sûr que moi je ne m’en fais pas du tout. Je vous écris souvent, par conséquent vous pourrez être bien tranquilles. Embrasse bien le papa et la maman ainsi que toi pour moi, un bonjour à Rémy et à Jules ainsi qu’à Groûle. Ton petit frère pense à toi. Vareille Henri.

PS : Tu peux être tranquille, je dis ma prière tous les jours et quand je pourrais, j’irai à la messe ou la Vêpre et même à la prière de l’Eglise.