5 Jan 1915 - Corté - Bien chère Blandine...

Aujourd’hui je viens de recevoir une lettre dont j’ai été si content, surtout en me disant que vous êtes tous en bonne santé. Pour moi, je puis t’en dire autant. Je me porte toujours à merveille et puis tu sais du mauvais sang on est loin de s’en faire ici, mais cela n’empêche pas que je pense souvent à vous tous.
Aujourd’hui, j’ai reçu en même temps que la tienne une lettre de l’oncle Henri de Syale, mais qui venait de Prévois. Il me dit qu’il s’attend tous les jours à partir alors je lui réponds aussi ce soir.
Alors tu me dis qu’à Chodoreille ils n’ont rien reçu. Cependant Albert a déjà écrit bien des fois. Il va très bien aussi, nous couchons toujours ensemble.
Je vois très bien que tu ne reçois pas mes lettres car depuis que je suis ici, je vous ai écrit, je te le répète, une lettre tous les jours, sans compter les cartes. Tu comprends. Et de même à Maria. Je lui ai écrit une lettre le second jour que je suis arrivé. Je pense qu’elle doit l’avoir reçue à présent ainsi que vous les lettres.
Pour quant au métier de soldat, il commence bien à rentrer. Les caporaux ou Sergents crient bien qu’on n’a pas assez d’énergie, mais on les écoute, on ne s’effraye pas pour ça. On en entendra bien d’autre alors il ne faut pas se désespérer. On continue à nous faire manœuvrer le fusil, à faire des sauts et des amusements.
Demain, nous avons marché mais sans sac, nous ferons 16 km. Nous mangeons la soupe à 9 h et partons à 10h pour rentrer à 16h, alors tu vois si nous restons longtemps sans manger, mais avec Albert on tâche moyen d’avoir du pain de rabiot et alors nous en mettons dans nos poches et nous risquons rien. On a des poses assez souvent alors ou nous avons bien le temps de manger aussi, tu peux croire que l’appétit marche très bien.
A 9h30, il y a à l’Eglise prière pour l’armée, alors hier avec Albert, nous y sommes allés. Par conséquent tu vois si nous sommes sages.
Plus rien pour aujourd’hui. A bientôt le plaisir d’avoir une autre lettre. Demain je réécrirai à Maria. Bonjour de la part d’Albert et de la mienne, les meilleurs souvenirs et amitiés à tous de ton petit pioupiou qui pense à toi. Vareille Henri.