30 Jan 1915 - Corté - Bien chers parents...

Deux mots pour vous faire de mes nouvelles et en apprendre des vôtres. Pour moi, je me porte toujours à merveille et j’espère bien que ma lettre vous trouvera tous de même.
Aujourd’hui, j’attendais bien une lettre de votre part car c’était le courrier de Marseille, mais il n’y en a pas eu, alors ce sera pour lundi, pour remplacer il y en a eu une de Maria, ce qui remplace.
Aujourd’hui, nous n’avons rien fait du tout, il y a eu revue pour les fusils et toute la compagnie y a passé, alors ça a pris la journée. Hier vendredi, nous sommes de nouveau allés au tir, ce qui fait que j’ai tiré en 3 fois 20 balles. Ce soir, nous nous étions mis à danser là et à qui mieux mieux. Si on ne le sait pas faire, on s’apprend les uns les autres mais dans tous les cas, on ne se fait pas de mauvais sang. Il faudrait nous voir tous les soirs, la vie que nous faisons, je crois que vous rigoleriez et vous diriez bien qu’il ne faut pas s’en faire de ces hommes, car nous on ne s’en fait pas une minute.
Hier soir, j’ai goûté les châtaignes corses sèches et une figue sèche aussi. Le tout n’était pas mauvais, mais seulement ici on n’en voit point. C’était un ami du cabot qui les avait reçues de chez lui et me les a faites goûter. Le temps n’est pas froid, mais la neige est autour de nous. Albert vous envoie à tous le bonjours, nous couchons toujours tous les deux et dormons toujours très bien.
Plus grand-chose pour aujourd’hui. Au moins, ne gardez pas peine. Bonjour aux voisins et dites moi ces jeunes conscrits si on en a bien pris, car d’ici que vous ayez la lettre, ils auront passé.
Votre petit soldat qui pense à vous, Vareille H.