22 Jan 1915 - Corté - Ma bien chère petite sœur...

Deux mots pour te faire savoir de mes nouvelles. Et en même temps en apprendre des vôtres. Pour moi, elles sont toujours très bonnes et je pense que ma lettre vous trouvera tous de même.
Aujourd’hui comme lundi dernier, à cause du mauvais temps, le bateau de Nice qui arrive ici le dimanche a eu du retard, et les lettres n’arriveront que demain avec celles qui partent de Marseille le dimanche à 13h.
Jeudi, il est arrivé un lieutenant et aujourd’hui un capitaine. Jusqu’à présent, nous n’avons qu’un sous-lieutenant mais un très bon type. C’est un Corse et un lieutenant de douane qui faisait les fonctions de capitaine. Je crois qu’il les fera toujours, car le capitaine nous a dit qu’il viendrait nous voir souvent mais qu’il laissait le commandement au lieutenant de douane qui est un Français. Il est aussi bien gentil. Nous avons aussi un nouvel adjudant, le capitaine qui est venu aujourd’hui a l’air bien gentil, il nous a fait avoir un quart de vin à souper, il a aussi goûté la soupe et a dit au cuisinier d’y mettre un peu plus de lard, qu’elle serait meilleure et pourtant aujourd’hui elle était bien bonne.
Cette fois-ci, Albert n’a plus le sous, alors tu vois qu’il n’avait pas besoin de ceinture. N’en dis rien chez lui.
Aujourd’hui, nous sommes de nouveau allé au tir à 250 m sur des hommes en bois. Nous avons tiré 8 cartouches chacun et moi j’en ai mis 6 sur mon homme. J’étais des plus forts et puis nous avons eu la pluie tout le reste de la journée. Après la soupe, le capitaine nous a tous fait appelé et a fait notre connaissance, puis nous sommes allés prendre une douche à l’eau chaude, ce qui nous a bien fait du bien. Et c’est tout, notre travail d’aujourd’hui. A la 30ème compagnie sur 380 hommes. Il y en a 250 d’inscrits pour partir. Alors il est probable que nous ne tarderons pas non plus d’être inscrits. Mais on ne sait encore quand est-ce qu’on partira.
Plus rien pour aujourd’hui, embrasse bien le papa et la maman pour moi. Et sans oublier toi. Reçois les meilleures amitiés de ton petit soldat. Henri Vareille.