20 Jan 1915 - Corté - Ma bien chère Blandinou...

Deux mots pour te faire savoir de mes nouvelles, et en même temps en apprendre des vôtres. Pour moi, je me porte toujours à merveille et ai toujours un appétit d’enfer, surtout que nous avons du très bon pain à manger. Il est à peu près aussi joli que le pain blanc du boulanger et puis nous l’avons toujours bien frais. On le touche tous les repas, alors il ne se sèche pas dans le sac.
Je pense bien que vous allez tous bien et à présent vous devez être habitués à mon absence. Dans tous les cas, vous pouvez être bien tranquilles car je vous écris assez souvent, et puis je peux vous dire qu’on ne se fait jamais de mauvais sang et puis enfin on n’est pas mal du tout. On ne nous fait pas trop bûcher. Je crois que ceux qui sont en France bûchent plus que nous d’après ce que je vois sur des lettres qui en viennent.
Ce matin, on nous a fait préparer pour aller en marche. Nous avions tout le fourbi. Moi je portais dans ma gamelle le sucre et le café. On nous a fait descendre dans la cour et nous y sommes même restés un moment. Et tout à coup, on nous a fait remonté dans les chambres pour poser notre fourbi car il y avait trop de neige. Et puis, nous sommes allés à l’exercice.
Le temps est un peu froid. De toute la journée, la neige n’a pas bien fondu malgré le soleil. Malgré ça, j’ai vu un troupeau de vaches en champs dans la neige, elles mangeaient des broussailles. Mais elles sont bien maigres d’abord, dans ces champs, il n’y a absolument rien. Assez bien un triste pays cette Corse.
Les corses disent « Diable » et « merde » comme nous, ça ne change pas. Mais tout le reste on n’en comprend pas beaucoup, c’est un baragouis pas ordinaire.
Ils en arrivent tous les jours de nouveaux soldats, et en particulier ce sont des vieux, des réformés et des Corses.
Recevez tous les meilleures amitiés de votre petit pioupiou qui ne s’en fait pas. Vareille H.