11 Jan 1915 - Corté - Ma bien chère Blandine...

Aujourd’hui 11, j’ai reçu une lettre de ta part qui m’a fait grand plaisir, surtout en apprenant que tu es ainsi que toute la famille en très bonne santé et bien pour moi, je me porte toujours à merveille et suis assez bien nourri. Les journées ne sont pas trop forcées. Par conséquent, je n’ai pas à me plaindre. Aujourd’hui, nous avons assisté à la décoration d’un officier comme chevalier de la légion d’honneur. Nous étions tous là, arme sur l’épaule et baïonnette au canon. A ce moment, il pleuvait. Alors après, il a fallu démonter et sécher le fusil et puis exercices dans les chambres à cause de la pluie.
Tu me dis que Rémy est peut-être parti, mais que veux-tu, il a été bien heureux de rester si longtemps sans y aller, mais que veux-tu il y aura bien d’autres qui y irons. Il y a 15 jours, il en est parti d’ici qui sont encore à Bastia et vendredi il part 65 caporaux et 35 sergents pour aller sur le front et ce ne sera pas les derniers mais il ne faut pas que cela vous fasse de mauvais sang car il faut bien espérer que la Sainte-Vierge le protège et puis ils n’y resteront pas tous, il faut toujours avoir bon espoir. Pour moi, vous savez je ne me fais pas de mauvais sang du tout, j’ai toujours très bon espoir. Par conséquent, faites comme moi.
Tu me dis aussi qu’on ne m’a rien fait savoir du pauvre Mazoyer. C’est bien malheureux. Tu donneras le bonjour au Monsieur Arthaud et à Marie de ma part. Je crois que ce Fourel sera aussi un bon voisin. Est-ce le pire ou celui qui faisait la goûte. Quant à Albert, tu sais il est tout à fait gentil. Il ne fait pas la tête du tout. Nous sommes toujours ensemble avec 2 ou 3 qui sont du pays, 1 Vallois, 1 autre Vallois de Saint-Félicien et 1 XX de Grozon. Et puis d’autres qui sont près de Varois. Il y a beaucoup d’Ardéchois, par conséquent tu vois nous ne pouvons pas nous faire de mauvais sang, Vérilhac est parti aujourd’hui. Le pauvre diable avait perdu ou bien on lui avait pris son porte-monnaie, alors je lui ai donné 5 francs qu’il vous portera dimanche. D’après ce qu’il m’a dit, c’est Vérilhac de Châteauneuf.
D’après ce que tu me dis, il fait le même temps qu’ici. Il pleut souvent et ne fait point de froid du tout, mais toujours la neige nous entoure là-haut dans les rochers. Au moins ne vous faites pas de mauvais sang car moi je ne m’en fais pas du tout. Embrasse bien le papa et la maman de ma part, sans t’oublier toi, Rémy et Jules.
Votre dévoué petit pioupiou qui pense à vous tous.
Donne-moi des nouvelles de XX. Albert vous envoie le bonjour. Vareille Henri.

PS : Envoyez-moi l’adresse d’Henry Maneval dans une réponse. Mes amitiés à Groûle, à Maria et à Riri et à Régis.
PS : Bonjour à Milou, tu me diras si on a bien payé cette vache et si elle a bien payé.