Me voici arrivé en Corse. J’ai débarqué à Bastia et de là, nous avons été dirigé à Corté où nous sommes arrivés à 4h du soir à très bon port. Il faut bien vous expliquez un point : ce voyage sur la mer. Pour moi, il a été très bon, je n’ai pas été malade du tout mais presque tous les autres l’étaient. Il vous aurait fallu y être dans cette chambre du bateau, nous étions 300 dans cette chambre. A peu près tous dégueulaient de partout, on entendait gémir et on voyait dégobiller. Il aurait fallu le voir, alors moi quand j’ai vu ça, j’ai mis ma casquette sur mes yeux et j’ai resté là-dessous. Je ne me suis aperçu de rien. Cependant la mer a été mauvaise depuis 2 h de l’après-midi que nous sommes partis de Marseille jusqu’à 3 h du matin et nous sommes arrivés à Bastia à 11 h, alors nous avons mis 21 h pour traverser la mer. Enfin j’ai fait un très bon voyage.
Et aujourd’hui nous sommes rentrés en caserne pour tout de bon. On nous a fait voir notre chambre, nous y sommes 19 dont 9 Ardéchois et puis d’autres qui sont de ma compagnie, la 31ème, il y en a de xx, de Géradon, de Verneuse. Albert est dans ma chambre, il couche à côté de moi et puis nous avons un cabot qui a l’air tout à fait gentil.
Enfin je crois que nous serons là comme des Princes, nous ne serons peut-être pas dans un pays chaud car la neige est tout à fait près de nous, là sur les montagnes. Vous savez la Corse ne me convient pas bien, c’est un pays sauvage et montagneux, c’est aussi montagneux qu’à Vaires. Alors vous voyez, ce n’est pas bien agréable. Mais ça n’y fait rien, car je crois que nous ne serons pas mal.
Plus grand-chose à vous dire pour cette fois, surtout ne portez pas peine car nous serons bien. Recevez de ma part mes meilleures amitiés.
Voici mon adresse : Vareille Henri, 173ème régiment d’infanterie, 31ème corps, caserne Séminaire, Corté, Corse.