15 mars 1916 - Ma chère petite sœur...

Ce soir, je viens de nouveau te faire un petit moment la causette. J’espère que vous êtes tous en bonne santé. Pour moi, ça va toujours à merveille. A présent que je suis avec tous les copains, le XX me passe aussi. Je suis de nouveau habitué à cette maudite vie. Mais nous sommes dans un sale pays où on trouve rien du tout à acheter, c’est ce qui m’emmerde le plus. Heureusement que je partais pour vivre. Nous devons partir d’ici on ne sait quand, mais ne savons pas où nous irons, peut-être sur Nancy. Enfin je te dirais toujours où je suis mais nous ne craignons rien du tout. Il paraît qu’on va faire évacuer tous les civils de la Loire des années à cause de l’espionnage et on formera des cantines pour les militaires, alors on trouvera un peu de tout. Tu ne sais pas combien qu’ils ont le toupet de nous demander d’un litre de vin, ça va t’étonner, puis c’est du vin bouché, aussi ils en demandent 3,90 francs, alors pense un peu. Le temps n’est pas froid du tout, mon caporal m’a donné une trousse, alors j’ai de nouveau ce qu’il me faut. Aujourd’hui j’ai déjà passé une revue d’armes mais tout était propre.
Surtout ne vous en faites jamais pour moi. Je vous embrasse tous de tout cœur.

Henri.