Cet après-midi, me voilà couché dans mon pieu, tout seul car les autres ont été passer une revue devant le Général Joffre. J’en profite pour te faire un moment la causette. Je pense que ma lettre vous trouvera tous en très bonne santé. Pour moi, ça va toujours à merveille. Mon pied va bien mieux. Je ne pourrai plus guère tirer la flemme mais j’en profite bien de ces quelques jours, surtout qu’il fait un temps superbe. Je ramasse des xx, des violettes, puis les prairies ont déjà pas mal poussé. Tous les arbres fleurissent, la campagne commence à être belle. Ces jours-ci, j’ai reçu une lettre de Brignais, m’annonçant que Camille avait été fait prisonnier devant Verdun. Je ne sais pas si vous le savez. Je t’envoie la lettre, il a écrit chez lui. J’ai aussi reçu une lettre de Julien qui me dit sitôt de 3 ou 4 jours vous n’avez pas de mes lettres. Il n’y en a pas moyen d’aborder le papa et moi qui suis si heureux ces jours-ci. A présent, nous sommes un peu mieux nourris, puis on trouve à acheter. Hier j’ai passé un superbe dimanche quoique je n’ai pas pu aller à la messe.
Je crois que je n’ai plus grand-chose à te raconter d’aujourd’hui, mais ce que je vous recommande, ne vous faites au moins pas de bile pour moi, car moi je m’en fais pas, loin de là. Le bonjour à Rémy et Ferdinand, en attendant le bonjour de nous revoir en bonne santé. Je vous embrasse tous de tout cœur.
Votre petit Riquet.
PS : Sommes toujours au même endroit, à Naif-aux-Forges