27 janvier 1916 - Ma chère petite sœur…

Ce soir, je viens de nouveau te faire un petit moment la causette. J’espère que ma petite lettre va te trouver en parfaite santé. Pour moi, ça va toujours à merveille et ne me fais jamais de bile, comme tu dois bien t’en douter, car tu sais bien que je n’ai pas la tête faite à me biler. Ce matin, nous avons déjeuné avec le colis et nous l’avons fini en buvant un coup bien entendu. Ensuite j’ai été lavé un mouchoir, une paire de chaussettes et une chemise. J’ai fait ma petite lessive. Tu peux m’envoyer de la poudre à poux quand tu voudras, j’en ai encore un peu. Ca doit tout de même être bon car depuis quelques temps je n’en sens pas du tout. Mon cabot est revenu de permission alors il a apporté un lapin, un fromage et une boîte de confiture, alors il a passé deux ou trois jours, nous étions bien nourris. Ce matin, notre capitaine nous a payé 2 quarts de chocolat au lait au lieu de jus. C’était pas mauvais. Nous ne savons encore pas le jour que nous partons au repos, mais nous ne remonterons pas aux tranchées. Le temps n’est pas froid du tout, aujourd’hui par moment il tombe un peu de pluie très fine.
Plus rien pour aujourd’hui en attendant le plaisir de vous voir bientôt. Reçois mes plus doux souvenirs.

Ton petit chasseur qui ne s’en fait pas. Henri.