19 janvier 1916- Bien chère petite sœur...

Je réponds à la lettre du 15 reçue aujourd’hui avec très grand plaisir en apprenant tes bonnes nouvelles. Pour moi, je puis en dire de même, ça va toujours à merveille et puis tu sais jamais bileux. Ce matin, en allant aider au génie, j’ai fait remplir mon bidon comme chaque fois que je quitte le cantonnement, mais nous n’avons pas fait lourd de travail. Ici il ne fait pas froid du tout, jamais j’ai eu froid. Tu sais pas que je ne crains plus rien et j’espère toujours bien aller te voir au mois de février. Quant au colis, il y a longtemps que je l’ai bouffi. Merci des 5 fr. Nous reprenons les tranchées demain pour 4 jours alors quand tu recevras ma lettre, je serai au repos. Je crois que nous n’allons qu’en réserve et probablement nous y retournerons pas. On ira au grand repos et puis en permission. Tous les soirs je vais au Salut. Tu me dis que les lapins trottent avec les vaches alors à présent tu fais trotter les vaches avec eux. Je serai curieux de voir ça. C’est-il les vaches ou les lapins qui courent le mieux ?
Plus rien pour aujourd’hui, merci d’avance de ta blague. Surtout ne vous faites pas de mauvais sang pour moi car je ne m’en fais pas. En attendant le plaisir de nous voir bientôt, je vous embrasse de tout cœur. 

Henri.