14 janvier 1916 - Ma chère Blandinette...

En venant du salut, je viens te faire un petit moment la causette. Je pense que ma lettre vous trouvera tous en très bonne santé. Pour moi, ça va toujours à merveille et puis ne suis jamais bileux. Aujourd’hui, on nous a donné des capotes neuves comme celles des fantassins, puis j’ai réclamé une chemise et un caleçon que j’ai mis tout de suite. J’ai balancé ce que j’avais sur moi car c’était un peu déchiré comme ça c’est racommodé. A présent on a remplacé le képi par le bonnet de potier. Il faut sortir avec ça. Ce matin, j’ai pris une bonne douche à l’eau chaude. Ce qui fait qu’à présent je suis tout neuf. On va encore une fois aux tranchées pour 4 jours, ensuite on va au grand repos. Seulement on nous fera faire de l’exercice en rase campagne alors on sera toujours emmerdé, enfin c’est le métier. On sera toujours à l’abri des obus. On fera des manœuvres de brigade. Et après la permission, ce qui vaut le mieux ou la paix. Enfin ne vous faites toujours pas de bile pour moi, car soyez certains que je ne m’en fais pas. Le temps n’est pas froid, la nuit ça gèle un peu, mais ça vaut mieux que la pluie. 
En attendant le bonheur de nous revoir, recevez mes plus tendres baisers. Bonjour à Rémy et Ferdinand. 

Le vitrier pas bileux. Riquet.