8 novembre 1915 - Chère petite soeurette...

Je réponds à ton aimable lettre que je viens de recevoir avec grand plaisir en apprenant vos bonnes nouvelles. Pour moi, ça va toujours à merveille et ne m’en fais jamais. Hier nous avons donc souper en ville. Nous avons mangé un morceau de rôti de boudin, une bonne bourbine, une bonne salade et de la bonne confiture d’abricot, ensuite le café et puis on a bu un bon coup. Ca tu peux croire qu’on s’est fait du bon sang, nous étions 9. Tison et Vallon lorsqu’ils reçoivent un colis, nous le mangeons tous ensemble. Nous avons touché un tricot, un passe-montagne, un cache-nez et une paire de gants, puis aujourd’hui j’ai touché une paire de souliers neufs, ce qui fait que je suis bien monté. Aujourd’hui j’ai lavé ma chemise. Tout doucement j’arrive à faire mon petit boulot, déjà nous avons passé une revue. Pour la permission, ça vient chaque jour, il en part 5 j’ai même peur que mon tour vienne que trop tôt car j’aimerais partir à la fin du repos, passer mon tour de tranchées en permission, ça serait encore plus gai. 
Enfin plus rien pour aujourd’hui. Courage et patience en attendant le plaisir de nous voir bientôt. Je vous embrasse du fond de mon petit cœur. Hier j’ai reçu une lettre de l’oncle Henri, il va bien. 

Riri.