20 août 1915 - le front - Ma chère Blandine...

Heureusement que je ne m’inquiète pas aussi que vous car voilà 5 jours que je ne reçois rien de cette chère maison mais pour moi pas de nouvelles, bonnes nouvelles et je comprends très bien en ce moment que tu n’as pas le temps. Ce soir, j’en reçois une de Chaudoreille et la Tante me dit qu’elle t’a trouvé dimanche et l’oncle vous aide à battre. C’est-il beau et agréable d’avoir tous vos voisins pour vous aider et ce Paul, c’est-il toujours la même vie, jamais tu ne m’en parles.
Ce soir, j’ai pourtant reçu une lettre de Camille. Il fait le tailleur de la compagnie mais il va quand même aux tranchées. Il est toujours en bonne santé, ainsi qu’une d’Albert qui est à l’hôpital pour la fièvre, mais il va mieux à présent, heureusement.
Enfin je pense que vous êtes tous en parfaite santé. Quant à moi, ça va toujours à merveille et depuis hier soir, nous sommes en première ligne, seulement ma section est en réserve, car les dernières fois nous on s’était payé ça alors cette fois-ci nous sommes tranquilles. Vous pouvez croire que je ne m’en fais pas. Je suis là dans mon trou tranquille comme baptiste. A part ça, cette nuit, ça a bougrement chié à coup de pétards la première ligne. L’autre jour, je t’ai dit une blague en te disant qu’on avait pris un village. Il y en a qu’un peu de pris. Nous restons là 3 jours, ensuite on va en réserve.

Plus rien pour aujourd’hui. En attendant d’avoir de vos nouvelles, je vous embrasse tous bien tendrement. Le bonjour à l’oncle et aux seuls qui vous aident en ce moment. Votre petit chasseur qui ne s’en fait pas. Riri.