1er mai 1915 - Marseille - Ma chère Blandinette…

Ma lettre va peut-être t’alarmer un peu en la voyant arriver de Marseille, car nous sommes arrivés ce matin à 10 h avec une mer superbe. On se serait cru au paradis, tellement on était bien sur le bateau. Nous avons fait un voyage merveilleux. Nous sommes partis hier à 13h de Bastia, ce qui fait 22h de traversée. Tu ne peux comprendre le plaisir que nous avons de revoir le pays. Alors ce n’est plus la Corse, ici où je suis logé j’ai trouvé déjà pas mal d’Ardéchois. Il y en a du Chéry Land, de Chomerâc. Il y a le chef cuisinier et nous sommes autrement bien nourris qu’à Corté. Nous n’avons encore pris qu’un repas mais c’était autrement bon.
Le tout c’est que nous n’y resterons pas assez. Nous ne savons pas quand nous partirons, mais je ne crois pas y rester longtemps. J’ai laissé Albert à Corté, mais il n’avait pas l’air content de rester. Je fais maintenant partie du 141ème, comme je te l’ai déjà dit.
Je trouve qu’il fait rudement chaud ici, ça doit bien être la même chose de chez vous.
Ce soir, je vais vous envoyer une dépêche car par lettre je ne sais pas si j’aurai le temps de recevoir l’argent.
Je pense que vous êtes toujours en parfaite santé. Pour moi, je me porte à merveille et suis très content d’avoir quitté la Corse. Je suis avec Tison, voici mon adresse : Vareille Henri, 141ème Infanterie, 36ème Compagnie, 3ème section, place Le Verrier, Marseille. Le bonjour et les amitiés de votre petit soldat qui pense à vous. Le bonjour à Maria et Riri ainsi que Rémy. Vareille.