28 déc. 1914 (lettre arrivée le 3 janv. 1915) - Corté - Bien chers parents…

Aujourd’hui comme d’habitude nous avons fait de l’exercice pour nous amuser ou nous emmerder. Ce n’est pas possible, seulement avec leurs derniers tours et leur xx à droite ou à gauche, ils sont aussi embêtants. Plus on nous en dit, moins on en sait, mais ça fait rien. On a de quoi bouffer tout ce qu’on veut et du vin à 8 sous le litre et il n’est pas trop mauvais, mais un peu gros. Le café, 3 sous, les autres 3 sous, alors on n’a pas besoin d’endurer trop soif.
Je pense que vous allez toujours tous bien. La maman tousse-t-elle toujours ? Pour moi je vais toujours bien ainsi qu’Albert. Quand nous allons à l’exercice, il y a des bonnes femmes qui nous courent après pour nous faire boire et manger, alors elles donnent aussi le vin pour 8 sous ou 2 sous le verre le matin. Elles nous portent aussi du café au lait, mais j’en ai point bu, ça doit être du lait de brebis, car je n’ai encore point vu de vaches. Vous voyez que nous ne sommes pas mal. Le réveil est à 6 h. On a jusqu’à 7 h pour se préparer, après on nous fait un peu de théorie et à 8 h moins le quart on va faire les ânes de 8 à 10 h. On a au moins 2 pauses pour boire et manger ceux qui veulent.
Plus grand-chose pour cette fois. Toujours ne portez pas peine car nous ne sommes pas mal. Je crois que je vais engraisser parce qu’on a toujours de la viande et puis pas mal.
Un bonjour à Blandine, à Rémy et à Jules. Votre fils et frère et ami qui pense à vous. Vareille Henri.