20 avril 1915 (arrivée le 25 avril) - Corté - Ma chère Blandine…

Je viens de recevoir aujourd’hui deux de lettres avec grand plaisir de vous voir toujours en bonne santé. Pour moi, je puis t’en dire de même, ma santé est toujours excellente et puis tu sais on se fait toujours du bon sang malgré que hier la pluie nous tombait sur le nez, car ça traverse les tentes. On s’arrangeait comme on pouvait, ce qui fait que nous ne sommes quand même pas mouillés.
Aujourd’hui on en a nommé 40 par compagnie pour partir vendredi 23 avril. Je ne suis pas encore du nombre, ni Albert, mais presque tous mes autres camarades partent, alors tu peux croire que j’aurais préféré partir moi aussi, quoique d’une manière le temps ne me dure pas.
Surtout que ce soir, je suis avec une bande de jeunes de l’Ardèche. J’ai fait la connaissance de Pourel du Crestat, il est bien gentil et ceux de Désaignes, je ne les ai pas encore trouvés. Ca fait du bien de parler un peu du pays. Tu me dis que l’oncle Joseph a reçu sa feuille, mais je ne pense pas qu’il parte heureusement.
J’ai reçu une carte de Léon.
Vous avez vendu la Gaillarde et je vois que vous l’avez bien vendue. Avez-vous rentré les deux fenassiers ? Je vois que vous nourrissez une bande de petits veaux.
Je ne t’en dis pas davantage pour aujourd’hui car les autres attendent que j’ai fini ma lettre pour partir. Les amitiés de votre petit soldat qui vous embrasse tous bien tendrement. Riri.