C’est aujourd’hui 2 janvier que je viens de recevoir une lettre de ta part, dont tu ne peux comprendre le plaisir que j’ai eu lorsque j’ai entendu à la distribution des lettres « Vareille H. », surtout en m’apprenant que vous êtes toujours tous en bonne santé. Pour moi, je vais très bien aussi. J’ai été un peu enrhumé mais à présent je suis guéri. J’ai été quitte pour le laver mes mouchoirs un peu plus souvent et voilà tout. Il faudrait me voir laver et raccommoder. Si tu savais comme je le fais bien à présent. J’y ai le coup tu sais.
Je suis très content que la maman son mal de gosier lui passe. Tu me demandes si nous sommes bien nourri, nous n’avons pas à plaindre, nous ne sommes pas mal, et puis pas trop de travail. On nous amuse et on nous emmerde. Vois-tu ce que nous avons fait aujourd’hui, le réveil à 6h30, à 8h théorie jusqu’à 10h, après 10h la soupe et repos jusque 13h. Nous avons eu la pluie par moment toute la journée alors de 13h à 16h exercice dans la chambre. On ne se faisait pas de la bile tu sais. Après 16h, repos. Alors tu vois, on n’a pas eu bien de peine. Nous apprenons à manœuvrer le fusil.
Tu me demandes aussi si nous n’endurons pas froid. Pour le moment, nous sommes bien, nous n’endurons pas froid du tout. Ca s’était un peu gelé deux matins, malgré que la neige nous entoure bien ici à Corté, il n’a pas fait froid. Pour le lit, on pourrait être mieux. Tu sais, depuis que je suis arrivé, je n’ai quitté ni tricot, ni caleçon, mais aujourd’hui, on nous a donné un drap à chacun. Nous couchons tout deux avec Albert, alors les couvertures sont grandes, on nous couvre bien tous deux.
Lundi nous allons toucher une couverture de plus, xx alors nous deux, nous en aurons 4 mais on avait le foin pour se couvrir avec la capote et tous mes vêtements.
Les gens, il y en a de tous, mais en général, ils ne sont pas bien gracieux.
Tout le tour de Corté, nous avons des montagnes de rochers à pic. On dit qu’il y en a qui ont 600 m de hauteur, alors tu vois si nous sommes dans un trou. Il faut lever la tête pour voir le ciel de Bastia. A Corté, il y a près de 80 km, nous avons fait le parcours en chemin de fer mais vous voyez toujours des montagnes de rochers où le drapeau ne risque pas d’y attrapé un damné. Tu sais, c’est le même pays que Vaure mais plus sauvage.
Aujourd’hui j’écris à Julien et à Coule à Lyon. J’ai écrit partout ainsi qu’à tous les voisins du pays. Tu peux croire que depuis que je suis arrivé ici, j’en ai écrit des lettres. Des jours où j’en ai fait 9 ou 10.
Plus rien pour aujourd’hui, bonjour et amitiés à tous. Votre pioupiou qui pense à vous. Vareille H.