31 Dec 1914 - Corté - Bien chers Parents...

Il faut bien aujourd’hui comme d’habitude vous expliquer un peu les amusements qu’on nous fait faire quoi qu’ils soient un peu compliqués, mais on apprend bien à les faire quand même avec le temps et la patience, on commence déjà à être un peu au courant, mais il le faut bien car aujourd’hui le lieutenant nous a dit que dans un mois et demi ou deux mois, nous partirons d’ici pour aller à Bastia.
Aujourd’hui nous avons fait la petite Guerre. On nous a conduit dans la campagne, là-haut sur une montagne, toujours sauvage est là on nous faisait cacher derrière la broussaille ou les pierres, ou dans des fossés pour que l’ennemi ne nous voie pas avec le fusil. Enfin on se fait toujours du bon sang, ce qu’il y a de drôle ici c’est que nulle part on voit du blé, tout ce qu’on voit, c’est quelques carrés de vignes, ou il y a des figuiers, quelques péchés ou poiriers, ou bien des oliviers mais des châtaigniers, je n’en ai encore pas guère vu. Il ne doit pas y en avoir beaucoup de ce côté ci. Ce qu’on rencontre bien est des bonnes femmes avec des faits de bois ou bien avec leur âne chargé de bois.
Lundi, il en est encore parti des soldats de la classe 1914 pour monter au front. Ils se rendaient à Bastia pour y rester une « quinzaine » de jours et de là, ils étaient dirigés à Marseille pour filer. Hier encore, il en est arrivé 450 jeunes qui étaient à Marseille comme nous, alors vous pouvez croire que les casernes sont de nouveau bien garnies.
Ici il ne fait pas froid, malgré que les montagnes sont toujours couvertes de neige. Je pense bien qu’à Dessaignes, il ne doit pas y faire froid non plus.
Recevez de ma part les meilleures amitiés. Bonjour à tous. Vareille H.